Fil de vie - L'infirmerie

Des lits superposés, du matériel médical et tout ce qu'il faut pour soigner nos blessures.
Chargé de l'Infirmerie : Lieutenant Siobhàn Mornebrise

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Siobhán Mornebrise
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Fil de vie - L'infirmerie

Message par Siobhán Mornebrise » mer. 26 févr. 2020 17:12

Image
Siobhán attache les rênes de Croupion au tronc d'un sapin, devant le local abandonné qui servait autrefois d'infirmerie. Le bouquetin noir porte sur son dos dégarni par le frottement d'un tapis selle une multitude de paniers harnachés autour de son abdomen, débordants de plantes, de pots d'argile, de fioles et de colifichets organiques. Une racine bloque la porte de l'intérieur, la nature semble avoir repris ses droits jusque dans le trou percé à flanc de montagne. La Montagnarde force un peu sans se douter de la fragilité de la porte qui se dégonde et tombe en fracas sur le sol jonché de feuilles en décomposition.

Il était temps que quelqu'un y remette les pieds.

*
Le soir même, une lueur faiblarde s'échappe d'entre les rideaux de perles remplaçant la porte. La chamane n'y est pas allée de mainmorte pour faire de l'antre la sienne, et avoir le loisir d'y décupler ses talents curatifs. Au coin d'une grande pièce garnie de tapis tressés et tissés à la lice, le foyer dégage une chaleur douce que l'atmosphère presque saturée de fumées d'encens divers et embaumants diffuse et rend particulièrement agréable. La faible lueur des bougies anime l'espace comme faisant courir sur ses murs de petits esprits facétieux se cachant derrière les pots d'argile et les plantes au gré des fluctuations d'air. Au centre de la pièce, assise à même le sol entre un tambour et une pile de grigris, Siobhán lit, froisse et jette progressivement au feu les diverses fiches réalisées par un certain Fièrebarbe, gravant en elle ce qu'elle peut déjà en apprendre à défaut d'y trouver ce qu'elle juge le plus important.

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Siobhán Mornebrise » jeu. 27 févr. 2020 10:04

Quatrième expérience de mort imminente.

Son sang bouillonnait autant que ses chairs déchirées par les flèches des non-morts et frappait ses tempes comme un tambour de guerre. Dans son dos, Torvebec ne se relevait pas, percé des projectiles vicieux de la petite armée du nécromancien. Pour une fois ses yeux brillaient, non de malice ou d'esprit mais de crainte. Elle ne pouvait se permettre de perdre à nouveau un compagnon qui comptait sur elle et était décidée à venir à bout de leurs assaillants sans qu'il ne prenne un coup de plus. Fumeron s'était immiscé en elle comme profitant d'une petite porte dérobée pour venir tout saccager autour de son hôte. Les flammes pleuvaient et calcinaient les os, mais leur nombre était tel qu'elles ne pouvaient que clairsemer les rangs. Épuisée, Mornebrise fut vite submergée par la vague qui se ruait sur elle, avançant toujours pour protéger le seul camarade qu'elle avait à ses côtés. Alors que tout semblait tristement perdu, elle entrevit le visage de Lamara au loin criant des mots qu'elle n'entendait plus, une aide bienvenue sans doute, elle le lui revaudrait au centuple. Pourtant, elle ne vit pas l'aide escomptée, seulement une vive lumière blanche, puis le néant.

*
Projetée au centre d'un cercle chamanique, son âme s'éveille dans les ténèbres. Autour d'elle, guchés sur les imposants cairns gravés de runes trônent les esprits que quelques nains familiers. Tous la regardent avec peine où colère, comme autant de juges prêts à rendre leur verdict. Ce n'est pas la première fois qu'elle vit cela, non. Face à elle, l'esprit de son père prend la parole, sec et sobre à son habitude.

Tu as enfin ta belle mort, ma fille. Tu ne repousseras pas le destin éternellement. Partir en guerrier était ton souhait, es-tu enfin prête ?Mudrohr tend alors la main vers un cairn derrière elle ou ne siège aucun esprit. Elle y reconnaît les plumes d'Ailes-de-Cendres et de tous les autres ayant trépassé dans ses bras. A sa droite, Edriag la regarde avec son éternel sourire en coin, comme s'il connaissait déjà la réponse de l'impétueuse.

Je repousserai encore le destin cent fois s'il le faut. Il y a encore quelque temps, je n'aurais pas hésité à gravir ce tas de pierres pour devenir éternelle à vos côtés mais j'ai maintenant une nouvelle mission qu'il m'incombe de réussir ava-
Je lui en met une ?
A un moment ouais. Mais vas-y mollo.
C'est médical.
Ouais ! Frappes-moi j'en ai rien a foutre !

Les voix résonnent dans le néant qui entoure les tribuns, comme un écho lointain des plus affligeants. Coupée dans sa phrase, Siobhan se contente de sourire en les entendant, fidèles à eux-même.

Je crois que ma mission a encore besoin de moi...
Bah dit ma p'tiote ! Avec ces zozos là on t'revois dans pas longtemps ! s'esclaffa l'esprit d'un vieux nain en pagne qu'elle ne connait même pas, alors qu'elle tourne les talons et s'enfonce à nouveau dans l'obscurité.

*
La chaleur de l'âtre brûle doucement son épaule meurtrie et la tire des brumes dans lesquelles elle flottait. En ouvrant les yeux, elle ne perçoit qu'un monde flou de couleurs, le rouge du soleil levant miroitant sur les perles du rideau à l'entrée. La douleur est vive et constante, ses oreilles peinent à se défaire des acouphènes dus à l'explosion arcanique. Elle redresse à grand mal la tête pour distinguer dans l'obscurité de la pièce les trousses de soin étalées sur le tapis et quelques lambeaux de son uniforme maculé de sang. Sur la place d'armes, le clairon matinal sonne, mais elle n'y répondra pas ce jour.

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Krant Orune » jeu. 27 févr. 2020 11:44

D'une humeur morose en cette matinée qui suivait les évènements de la nuit précédente, c'est avec un grognement fatigué que le jeune nain se força à se réveiller, couché au sol avec des oreillers de fortunes sous sa tête. Jetant un coup d’œil sur sa droite, il observa la naine qui avait faillit les quitter par son incompétence: Siobhan Mornebrise.

Des images lui revenaient à l'esprit, son corps gisant au sol, criblé de flêche, et son propre sang qui commençait à l’inonder... Un éclair de lucidité lui coupa cette vision d'horreur, pour revenir dans le présent, dans l'infirmerie. C'était passé, Siobhan était bien vivante, sur ce lit même à côté de lui.

Inspirant profondément pour calmer sa peur grandissante, il se décida finalement à se lever du sol inconfortable, avant de grimacer en le touchant avec sa main gauche, qui visiblement n'avait pas bien refermé la nuit dernière. L'avait-il seulement traité? Priant sa Lumière de toujours, ce fut un soulagement qui le gagna lorsqu'il vit que la plaie commença à se refermer proprement sur sa paume. Réconforté par cet espoir, il s'approcha alors de Sio, et entreprit de retenter l'expérience.

Une vision sordide apparut soudainement dans son esprit, remplaçant la naine sur le lit de nouveau par son souvenir. Ecarquillant les yeux, il retourna sa main, et la verra dégouliner de sang.

Poussant un léger cri de peur, Krant reculera par réflexe, pour sentir le mur contre son dos. Haletant rapidement de panique, le jeune prêtre récupéra sa sacoche et son grimoire, et sortis en vitesse de la pièce, encore hanté par ce qu'il venait de revivre.

_________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Aux alentours de l'heure du déjeuné, Krant revint à nouveau dans l'infirmerie, portant dans ses mains un plateau sur lequel se trouvait un bol de bouillon, du poulet si on se fiait à l'odeur, accompagné d'une assiette de pâtes fines. Déposant son plateau sur la table basse à côté d'elle, il prendra ensuite place à côté, et ce sera d'une voix nerveuse qu'il racontera les derniers évènements connus de lui en date.

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Lamara Ormartel » jeu. 27 févr. 2020 13:14

Siobhàn et Krant n'étaient pas les seuls à occuper l'infirmerie cette nuit-là. La jeune mage avait décidé de veiller sur celle qu'elle avait failli tuer très ironiquement en essayant de la protéger. Elle était animée par la culpabilité bien sûr, mais aussi du souci qu'elle avait de laisser une camarade vulnérable livrée à ses démons et à la proximité de la mort qu'elle avait frôlé de peu. Elle était restée éveillée longuement pour lui apporter de menus soins, un peu d'eau, des herbes à brûler, elle avait changé quelques pansements et s'était assurée qu'elle respire. Elle retrouvait un peu de calme après cette soirée éprouvante et la discussion houleuse qui avait eu lieu avec la nouvelle recrue, Dvanlinn Braquélice. Dans une rare occasion, elle s'était emportée devant l'acharnement de la gnomette sur son cas, et l'analyse qu'elle voulait lui faire ingurgiter de son comportement ou des faits qui l'avaient menée à s'enrôler dans la Huitième. Tout cela commençait à faire beaucoup pour l'arcaniste, qui n'avait pas besoin d'autant de rappels sur sa condition de bleusaille et les nombreuses erreurs qu'elle avait commises. Elle qui cherchait encore des raisons à sa présence au sein des Montagnards, elle avait riposté avec excès, simplement pour gagner un maigre répit dans ses réflexions.

D'autre part, elle ne voulait plus servir de paillasson à quiconque. Sans cesse remise en question dans ses choix, et sa maladresse évidente dans bien des tâches militaires, elle avait pourtant acquis la confiance du commandant, qui lui était si nécessaire pour continuer d'avancer. Coren lui avait également rappelé, dans un rare élan de gentillesse, qu'elle avait su se montrer utile bien des fois. Alors elle était restée là, à accomplir ce devoir qu'elle s'était arrogé. Krant respirait calmement aussi, lui semblait-il, et cette ambiance silencieuse et paisible avait finalement eu le bénéfice d'apaiser ses nerfs. Elle avait fini par se rassoir, le dos fatigué et les jambes lourdes, et avait piqué du nez juste avant l'aube. Elle s'était réveillée en sursaut après un sommeil sans rêve, lorsqu'elle entendit ou cru entendre un cri. Le temps qu'elle ouvre les yeux, elle avait vu la silhouette de Krant quitter précipitamment l'infirmerie et avait écarquillé les yeux sans comprendre les raisons de son affolement. Encore trop engourdie par le sommeil, elle n'avait pas eu le temps de le rattraper pour s'assurer de son état et s'était naturellement tournée vers la couche de la chamane anxieusement. S'était-il passé quelque chose de grave pendant son sommeil ? Elle ne trouva rien d'alarmant à la condition de la naine, qui semblait dormir encore paisiblement, aussi elle se contenta de pousser un soupir de soulagement et de remonter la couverture sur ses épaules. Voyant qu'elle avait récupéré quelques couleurs, et attirée au dehors par le son du clairon et la lumière du jour, elle s'extirpa de l'infirmerie pour laisser le relai à un des Marteaux Hardis de faction, et rejoignit les autres afin de s'enquérir d'un moyen de se rendre utile.

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Krant Orune » ven. 28 févr. 2020 10:16

Le soulagement lui donnait le sourire. Siobhán s'était finalement réveillé au cours de la nuit dernière, ce qui était bon signe. Certes, elle devait se reposer encore quelques jours, ce qui était normal après avoir évité la mort, mais le fait même d'avoir repris connaissance était encourageant.

Elle avait mentionné avoir rencontré des esprits, ses ancêtres, devrait-il s'inquiéter? Elle allait pas perdre soudainement son âme comme ça non? Faudra qu'il lui demande, pour être sûr. Elle avait également dit qu'elle devra rendre une faveur à Thérazane pour se faire pardonner d'avoir voulu amener le Fanal sous terre. Peut être qu'il pourrait l'aider? Il espérait qu'il le pourrait.

Dans tous les cas, la bonne nouvelle de son réveil devrait certainement enchanter Lamara, qui avait passé la nuit à veiller sur elle. Il devra également remercier Coren de la part de Siobhán, bien qu'il n'avait pas vraiment envie de lui parler, pas qu'il gardait encore une rancœur contre lui ou quoi. Il avait juste pas l'habitude de ce genre de personnalité. Il finirait par s'y habituer...

Relevant son regard de son carnet sur lequel il dessinait un croquis de rune, il regarda en direction de la Volière. Demain, si sa condition lui permettait, Siobhán rendra visite à Torvebec. Il n'avait pas encore eu l'occasion de vérifier son état, depuis les évènements avec la Liche, et n'avait entendu que des rumeurs sur le fait qu'il s'en était sorti. Devait-il aller vérifier avant qu'elle n'aille le voir? Un frisson lui parcourut l'échine. Peut être que non finalement. Il se remémorait sa dernière visite secrète, qui s'était assez mal terminé. Tant qu'il n'était pas plus familier avec ces fières bêtes, valait mieux s'abstenir de les contrarier.

Soupirant, il se leva de sa chaise devant l'infirmerie, pour commencer à revenir vers le fortin. Il s’arrêta brusquement sur le chemin, émettant un "AH!". Il avait oublié de lui demander quelle genre de fruit elle aimait manger. Se grattant la tête, il décida de lui apporter un de chaque qu'il trouverait dans la cuisine. Il y en avait bien un parmi ces fruits qu'elle pouvait manger? En tout cas, il avait hâte de la voir de nouveau sur pied.

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Siobhán Mornebrise » dim. 1 mars 2020 17:39

En se réveillant, elle referme la main par réflexe, bien avant que le clairon matinal ne sonne sur la place d'armes. L'odeur du cigare se mêle encore avec celles des encens de sauge et de lavande. Elle ouvre les yeux sur l'âtre dont le feu faiblit, puis tente de redresser la tête pour observer le reste de la pièce encombrée de brocards. Son bras sur lequel elle s'était endormie la veille est engourdi et la fait souffrir, ses blessures ayant à nouveau taché les pansements de sang. Son corps reprend lentement des forces, la douleur de ses côtes devient plus supportable. Elle se lève et fourre ses orteils dans les poils d'un petit tapis. Elle y glisse et s'y assied, descend le plateau de fruits apporté par Orune qui ne manque jamais de petites attentions et commence une série d'étirements et de mouvement devant lui permettre de retrouver plus vite sa condition. Le temps passe et le soleil se lève, inondant la pièce de petites taches flamboyantes. Elle regarde ses mains et se souvient de ses dernières paroles. Peut-être est-il véritablement temps d'arrêter de réfléchir à tout.

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Krant Orune » lun. 23 mars 2020 22:59

Une journée après l'évènement fatidique, et après les funérailles qui en auront découlé, Krant sera venu à l'infirmerie, apportant quelques petits bon plats préparé de sa main pour ceux qui n'avaient pas encore mangé, leur donnant une bonne recette personnelle de porc aux épices et aux légumes (pommes de terres, oigons, carottes).

Tandis que les occupants se requinquaient, le jeune prêtre aura sanctuarisé l'infirmerie, permettant aux personnes présente de pouvoir se rétablir plus rapidement. Il espérait que cela allégera la charge déjà lourde de la responsable des lieux.

Sa tâche faite, il se tournera ensuite vers un autre patient dont l'état semblait inquiétant depuis un moment, Ciffréo...

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Siobhán Mornebrise » mer. 25 mars 2020 10:25

Siobhan n'a pas l'habitude d'une telle effervescence dans le petit cocon qu'elle s'est créé, et qui lui sert tout autant voire plus de lieu de retraite que de lieu de travail. Passant le lourd rideau de perles de verre, elle pose les yeux sur la poignée de lits occupés par les braves qu'elle appelle maintenant ses frères. Krant et Forgrûnd ont été aux petits soins pour les blessés ces dernières heures contrairement à elle qui reste depuis leur retour de mission éreintée et peu efficace. Elle supervise, prépare les soins, fait couler les bains médicinaux et étale les onguents comme on tartine une noix de beurre à la fleur de sel sur du bon pain, mais ne veille pas ses patients bien qu'attentive à leurs états respectifs. En changeant les pansements boueux de Coren, elle ne quitte le dernier lit vide des yeux. Rega aurait pu être allongée là, gémissante, plutôt que muette entre quatre planches. Avait-elle fait le bon choix ? Lamara aurait peut-être pu tenir quelques minutes de plus derrière son pilier. Ses efforts conjugués à ceux de Krant auraient peut-être pu sauver l'enfant-soldat ? Se contentant de répondre aux éventuelles questions des Montagnards de façon relativement détachée, elle termine sa besogne et disparaît derrière la lourde tenture qui sépare les lits de son petit coin à elle, allumant au passage un fagot de sauge déposé sur une coupole.

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Siobhán Mornebrise » mar. 31 mars 2020 12:18

Devant le feu qui crépite timidement dans l’âtre de l’infirmerie, Siobhán essuie ses cheveux et sa peau trempée. Elle lâche un dernier soupir qui envoie paître plus loin l’une des volutes s’échappant du fagot de sauge brûlant dans une coupelle. Elle s’allonge sur l’un des lits et se glisse sous les draps de lin encore rêches, tentant tant bien que mal d’y trouver un peu de chaleur pour sa peau glacée. Rien ne la réchauffe, ni les flammes, ni l’air ambiant chargé de senteurs, seul le froid demeure roi pour la nuit. Ses yeux se ferment alors, comme à contrecœur, comme si elle savait à quoi s’attendre sans pouvoir s’y soustraire.

Jintha’alor s’esquisse progressivement autour d’elle, se modelant dans l’obscurité abyssale du rêve. Le temps est gris, aussi maussade qu’elle, et la pluie diluvienne brouille le tableau. Elle s’attend à voir la fin de l’enfant comme l’avait formulé Akil’darah, en guise de punition. Elle tend l’oreille et cherche à entendre les cris rageurs des Vilebranches, la fureur de leurs pieds frappant le sol en direction de la petite cahute et le bourdonnement de la foule venant venger une lueur d’espoir leur ayant été arraché. Rien. Elle s’avance alors entre les piliers moussus, un peu malgré elle, suivant les traces de pas laissées plus tôt dans la réalité. La boue colle sous ses semelles usées et rend sa marche plus pénible, mais elle ne peut s’arrêter. Seule face à l’abri de peau, elle contemple le petit corps de l’enfant troll. Sa poitrine se soulève doucement au rythme de l’éclatement des bulles d’ichor dans le chaudron. Elle s’approche et s’agenouille sur le semblant de tapis. Le visage de la petite est paisible, sous ses paupières ses yeux décrivent quelques mouvements lents. Ses lèvres entrouvertes par ses défenses juvéniles vibrent mollement quand elle expire, ses doigts cherchent le confort, entrelacés sous sa joue tendre. Siobhán sourit, sensible à la beauté et à l’innocence des petits dormeurs. Elle tend la main pour caresser cette joue, mais celle-ci serre fortement le manche d’une dague couverte d’ichor. Elle ne peut la lâcher, elle ne contrôle rien. La dague tranche lentement la gorge de l’enfant, la plaie suintant de sang et de poison visqueux. L’enfant ouvre les yeux et les plonge dans les siens avec terreur avant que la mort ne les prive d’éclat. Son corps se décompose alors brusquement, ne laissant sous un monticule de poussière qu’une petite créature de chair à la peau violacée et aux quelques cheveux roux. Siobhán sent son estomac et son cœur se serrer, son corps tombe en arrière mais ne touche jamais le sol. La chute est longue et la lumière pâle de la lune se meurt. Il ne reste plus rien.

La chamane se réveille brusquement et se lève d’un bond. Le feu dans l’âtre s’est éteint et la porte de l’infirmerie s’est ouverte sous les attaques répétitives du vent qui s’y engouffre et siffle comme un démon. Tirant une couverture dans laquelle elle s’enroule, Siobhán rallume le feu et s’assied dans un coin de la pièce, sans un bruit. Son esprit avait devancé la colère du Loa.

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Re: Fil de vie - L'infirmerie

Message par Siobhán Mornebrise » lun. 11 mai 2020 18:58

Enfin, le silence règne, se dit la chamane dont le sang pulse dans les tempes. Une demi-douzaine de grosses bougies offrent une luminosité toute relative à la grande chambre de l’infirmerie, une obscure clarté qui ne suffirait pas au gros des soigneurs aguerris mais qui ne dérange pas Siobhán dont les grands yeux guède souffrent toujours des regards radiants du soleil.

Sur l’un des lits, dos au foyer crépitant, Törann demeure assis au bord de sa couche, les yeux rivés avec dégoût sur ce qu’il reste de sa jambe ayant à grande peine retrouvé une forme acceptable. Le nain ne dit rien, figé comme une statue de sel attendant qu’on lui rattache un membre dans l’atelier de son sculpteur. Les runes de Krant l’empêchent de trop souffrir, aussi seule l’inquiétude semble lui tordre le ventre. La naine le regarde quelques longues secondes avec compassion, cherchant dans le profil de ses yeux noyés dans l’ombre l’éclat de vie et d’espoir qu’elle y trouve habituellement. Elle murmure quelques mots pour lui en jetant aux flammes une poignée d’herbes, des mots devant l’aider à trouver le repos le temps d’une nuit, mais des mots qui n’atteignent pas l’esprit du nain encore trop affecté.

Sa propre douleur lui rappelle qu’elle n’a pas de temps à perdre, et la renvoie à sa responsabilité envers ses soldats. Sa hanche baignée de rouge et noir pâtit encore du missile ayant explosé contre sa peau. Sous les lambeaux de tissu crasse, la chair à vif suppure déjà. La sécrétion s’y mêle au sang et à la poussière des gravats s’étant accumulée dans la blessure, alors qu’elle tentait de dégager Boldruk des décombres. Elle devrait soigner cela vite, afin de ne pas se retrouver dans l’un de ses propres lits, mais se contente pour le moment de nettoyer la plaie et serrant les dents, considérant ses deux amis dans de bien plus beaux draps.

Sous ses yeux, le corps de Boldruk saigne encore, rendu pourpre sous les bandes de lin raidissant ses membres broyés. Un frisson de culpabilité lui parcourt les bras jusqu’à venir lui serrer la gorge. Il doit y avoir tant à sauver chez lui qu’elle ne sait par où commencer et cède quelques secondes à l’angoisse. Elle se remémore alors sa première chute en combat monté, les branches lui battant le dos comme d’implacables marteaux, les épines lui lacérant le cuir et la roche brisant ses os à chaque rebond de sa chair molle sur le sol. Elle se rappelle le goût de la mort, le réveil après plusieurs nuits et les soins de sa mère. Les soins de sa mère… Siobhán traverse le rideau de perle au petit trot, revenant en tirant derrière elle une grande bassine de bois qu’elle dépose à côté du lit de Boldruk. Elle dénude méticuleusement le nain en prenant soin de ne pas lui faire plus de mal, et tire son corps meurtri contre elle pour le déplacer jusque dans le bain vide. S’assurant que ses membres sont toujours dans de bonnes positions, elle cale sa tête sur un petit oreiller, le couvre et se dirige vers l’extérieur, armée d’une autre bassine. Aux grands mots les grands moyens, se dit-elle. La médecine de son peuple a de nombreuses fois fait ses preuves, aussi étrange et primitive puisse-t-elle être dite. La chamane mélange de la terre fraîche et des herbes médicinales réduites en poudre, avant d’invoquer les eaux purifiantes du maëlstrom. La boue verdâtre à l’odeur d’humus est ensuite versée dans le bain, jusqu’à recouvrir presque totalement le corps du nain jusqu’à la base du cou. La terre en se figeant permettrait de maintenir son corps dans une position favorable à sa guérison, tout en ayant des effets bénéfiques sur les blessures les plus superficielles. Elle permettrait également à l’eau miraculeuse de rester plus longtemps au contact de son corps, et donc de développer son plein potentiel de guérison sur la durée. Enfin, les herbes, purifiantes, antiseptiques et renforçatrices aideraient sans doute le nain à s’en sortir sans trop de séquelles physiques.

C’est inconventionnel pour toi, mon ami. Mais tu me remerciera si les éléments nous sont cléments, murmure-t-elle en passant un linge humide sur le visage crasseux de Boldruk.

Törann n’a pas bougé d’un iota. Ne pouvant faire plus pour Barbacier, elle se dirige vers l’apprenti sapeur et pose sa main sur son épaule, avant de la glisser sur la jambe meurtrie. Il détourne le regard, le temps de l’auscultation, comme pour se préserver quelques secondes de plus du verdict : c’est un véritable gâchis pour un nain aussi agile que de perdre l’usage d’une jambe. Peu de temps est nécessaire à Siobhán pour comprendre que les os sont toujours fragiles, mais que plus important encore, la rotule est en très piteux état. Sous ses doigts, de minuscules éclats d’os et de cartilage roulent comme du sable au fond d’une botte. Les soins qu’elle procure au jeune nain permettent de le soulager un peu, de faire le gros du boulot comme on dit. Les chairs se referment là où elles avaient résisté à la lumière de Krant, mais la rotule s’oppose à toute amélioration notable de son état.

Tu ne marcheras plus comme avant, Törann. Ta jambe va être faible et douloureuse maintenant, et j’ai peur de ne rien pouvoir y faire… lance-t-elle les lèvres serrées. L’aveux est difficile, mais elle ne peut s’y soustraire.

Peut-être que le génie peut te bricoler quelque chose pour palier ça, une atèle mécanique, ou je ne sait quoi d’autre, qui tiendrait ta jambe et ton genou, car c’est lui qui pèche… sinon le mieux reste l’amputation et l’utilisation d’une prothèse.

Törann ne répond rien, mais Siobhán lit dans ses yeux la douleur que provoque ses mots. Elle se rassure en se disant que les faux-espoir sont plus cruels que la dure réalité, mais cela ne la console pas vraiment. La naine se relève difficilement et disparaît derrière le rideau pour revenir avec une petite bourse d’herbes.

Tu pourras fumer ça. C’est un mélange d’herbes sacrées, celles-ci permettent d’atténuer les douleurs et d’inhiber un peu la fatigue musculaire. J’aimerai pouvoir te proposer mieux, mais je ne peut rien faire d’autre. Repose-toi maintenant… reposez-vous tout deux.

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