J'suis un Marteau-Hardi, pour sûr !

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Gaelin Fièrebarbe
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J'suis un Marteau-Hardi, pour sûr !

Message par Gaelin Fièrebarbe » sam. 4 août 2018 10:55

J'suis un Marteau-Hardi, pour sûr !
Le nain était seul dans la grotte, en quarantaine. Il observait les murs de rocaille, l’eau pure et les autres malades avec un long soupire. Il venait de terminer d’écrire son rapport ; la plume encore en main et un bon paquet de feuille à disposition. Il l’avait échappé belle. Il se tourna vers l’eau en se mettant face à cette dernière à l’opposé de ses camarades, dans le but de garder un œil sur eux alors qu’il était face à une feuille blanche.

" Mmh… S’rait p’t’être temps d’écrire un peu tout ça Gael’. " Dit le nain tout en grommelant, un poil impuissant face au carnage ambiant et surtout face à ce genre de situation. En effet, le roux un poil ventripotent n’avait jamais connu la guerre à une telle échelle, n’avait jamais vraiment connu ce que c’était de se battre contre les réprouvés, habitué aux trolls et aux orc, ce qu’il aimait nommer : la Horde de base. Il prit la plume, grattant un moment la page blanche tout en soupirant avant de hocher lentement en soupirant. Par où commencer ? Il y a quatre-vingt-huit ans ? Non, cela était bien trop commun pour le nain. Il tritura sa longue barbe, observa longuement son corps en partie musclé, ayant tout de même bien vécut pour un nain. Puis soudainement, il comprit où se trouvait le commencement. Il sourit brièvement en touchant ses tatouages bleus comme si l’encre allait revenir pour son histoire…

Gaelin Fièrebarbe, né en l’an moins cinquante, second fils de Alberic Fièrebarbe et Brunehilde du même nom à Nid-de-l’Aigle. Il traça rapidement cette partie, c’était bien trop épique pour le bout d’homme qu’il était. Il n’avait rien de spécial, il faisait juste ce qu’on attendait de lui. Non son histoire devait commencer aussi simplement que lui, dans son premier vol.

" T’es sur qu’suis prêt à l’faire tout seul père ? " Le jeune Gaelin, à la barbe aussi rousse qu’un bon feu de camp toisait son père de son regard azuréen. Il était aussi grand que lui, aussi musclé et ce soir, après son premier vol en solitaire, il aurait enfin le droit à ses tatouages que portent fièrement tout Marteau-Hardi. Il avait peur, il n’avait jamais volé seul et surtout pas sur cette abrutie de Belle. La belle Belle était la femelle griffon de son père, un caractère trempé dans l’acier, un vol droit mais chaotique pour un apprenti. Elle avait un tel caractère qu’on la laissait souvent seule dans un coin de pâturage, il fallait souvent lui hurler dessus pour qu’elle se décide à s’approcher. Le père tenait fermement les rênes de la créature au plumage de sable, ses pattes de félin grattant doucement le sol, impatiente.

" Beh bien sûr qu’tu l’es Gael’ ! En r’vanche, j’sais pas si Belle va te rendre la tâche facile, elle est de mauvaise humeur ce matin. " Il le regardait, amusé, tout en refaisant la tresse de sa barbe. Pourquoi lui dire ça ? Belle était toujours de mauvaise humeur. L’animal regardait Gaelin d’un œil mauvais, le jaugeant probablement alors que ses ailes battaient doucement, elle voulait voler. " T’vas prendre fermement les rênes et tirer aussi fort que tu peux dessus. N’hésite pas à l’engueuler un peu, elle est du genre à se soumettre à une forte voix. " Il lui passa sa patte sur l’épaule tout en hochant, avançant calmement vers le bord de la montagne en venant placer la selle sur le monstre des airs.

" Après ça… J’aurai mes tatouages et ensuite ? " Le nain connaissait la réponse. Sa famille était composée d’une longue lignée de chaman. Du côté de sa mère, tous étaient guérisseurs et du côté de son père, des chevaucheurs chevronnés. Il devra faire son rite d’initiation et ensuite, rejoindre l’un des maîtres pour prendre la voix du chamanisme. Il savait déjà avoir cela en lui, entendant déjà les éléments lui parler en un dialecte inconnu, bientôt il comprendrait.


" Eh bien l’rite et ensuite l’apprentissage. Sache qu’on s’fout ta mère et moi de si tu deviens guérisseur ou chevaucheur, on veut juste voir ton talent à l’œuvre p’tit gars. " Le père souriait en lui donnant un petit coup de poing au niveau de l’épaule avant de hocher doucement. Il lui tendit les rênes. " Rappelle-toi, on tient fermement et on caresse l’encolure de la bête. Belle s’en contrefout mais c’est une question de respect. Tu plantes ton regard dans l’sien et tu la soumets. "

" D’accord Père. " la nain hochait doucement de la tête en s’exécutant, fixant de ses yeux bleus le regard insistant et doré de la belle bête. Il dégluti tout en caressant son encolure. Elle ouvrit grandement ses ailes, menaçante tout en poussant un long cri stridant.

" Aller fils, c’est l’moment ! " Il poussa un peu son fils, une tape dans le dos avant de mettre une bonne tape sur les fesses du griffon. Il éclata de rire en la voyant s’envoler, entendant le hurlement du jeune nain. Il était fier de ce jour, après tout, c’était son dernier fils qui pouvait emprunter la voie de chaman. Son dernier espoir, son héritage. Il hochait doucement en regardant l’animal filer au loin.

Le futur chaman se cramponnait, tête baissée contre l’animal en hurlant alors que ce dernier virevoltait en tous sens dans les airs. Belle agissait comme si personne ne se trouvait sur elle, en griffon libre alors qu’elle passait entre les arbres, laissant les branches lacérer le visage de son pseudo maître, les feuillages s’encrant dans la barbe volubile aux couleurs chaudes. Il n’avait pas d’autre prise que les rênes, il serrait les cuisses pour ne pas se détacher du corps de la vieille bête. Soudainement, alors qu’elle venait de lui faire embrasser quelques rochers en passant dans les escarpements de la région, le nain hurla, la tête en sueur alors qu’il tirait vivement sur les attaches qui le reliaient à la bête. Un combat s’en suivit, elle tournait la tête dans le sens opposé, toujours. Il grognait et soufflait alors qu’ils passaient sous une cascade. Le jeune Marteau-Hardi n’allait pas se laisser faire, il voulait que son père soit fier de lui ! Alors il commença à engueuler l’animal comme il l’avait rarement fait puis soudainement, comme par instinct, il vînt caresser son plumage sur ce qui semblait être une ancienne blessure au niveau du cou. Elle était aigrie à cause de la douleur. Il hocha doucement et changea de ton, une voix calme et presque douce. Le vol s’était calmé comme si elle laissait le temps à la conversation ; tournant la tête pour observer le nain d’un œil interrogateur.

Le reste du vol se passa un peu mieux, même si la créature plumée semblait adorer faire vivre des vertes et des pas mures à son chevaucheur. Elle taquinait visiblement et le testait mais il restait dessus. En début de soirée, elle se posa seule dans son enclos, le nain assoupi sur elle alors que le père souriant s’approchait doucement en lui caressant le bec, elle était docile.

" J’sais ma Belle, tu as fait du bon boulot. " Il riait tout en venant porter son fils pour l’amener à la maison, dans son lit. Il devait être reposé pour le rituel de ce soir, son père y comptait bien.

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Gaelin Fièrebarbe
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Re: J'suis un Marteau-Hardi, pour sûr !

Message par Gaelin Fièrebarbe » dim. 18 nov. 2018 00:23

Le nain observait longuement son reflet dans le miroir. Un longue barbe noire, des sourcils aussi épais que fournis. Un regard ambré et des traits un poil plus vieux que ceux qu’il arborait pas habitude. Gaelin observait donc ce nouveau corps, celui de Boldruk qui était, par intérim, devenu le sien. Il ne pouvait détacher son regard de ce corps bien plus en forme que le sien. Derrière se trouvait son vrai corps, allongé dans un lit. Le propriétaire n’avait cessé de se plaindre des contre-coups de l’utilisation abusive du chamanisme.

Il remonta son ceinturon dans un réflexe, songeant au fait qu’il devrait bientôt accompagné Boldruk à un dîner avec son fils. En effet, en permutant de corps, ils avaient permuté de vie et d’agenda. Ce que Gaelin devait faire, Boldruk devait y aller et vis versa. Il se dit, pendant un instant, qu’il pouvait bien ne pas aller au repas avec son fils. Ce n’est pas en le loupant une fois qu’il risquerait quelque chose. Soudainement, il repensa au jour où Halfred devînt son fils, plongeant son regard désormais brun dans son reflet.


« Vous êtes sûrs de ça ? » Dit le nain en haussant un sourcil, l’air détruit alors qu’il passait une main dans sa barbe volubile aux reflets de feu. Il semblait non-seulement dévasté mais une part de doute vînt danser dans ses yeux verts.

« Tout à fait sûr. Pénélope et Adam Sveinsson sont morts sur le rivage brisé. Leurs corps vont être rapatriés en Hurlevent d’ici quelques jours. » Soupira la femme aux cheveux roux, restant neutre, ses yeux trahissant une compassion qu’elle ne pouvait s’autoriser à extérioriser, c’était la guerre. Adam et Pénélope étaient de vieux amis à Gaelin. Ils avaient fait les quatre-cents coups comme aimaient le dire les humains. Il repensa avec tristesse à ses amis désormais perdus.

« Je… Et leur fils ? Halfred ? » Il sursauta, se maudissant de ne pas y avoir pensé avant. En effet, le couple avait eu un brave petit gosse du doux nom de Halfred. Le jeune homme roux travaillait au Guet Urbain, un militaire comme le reste de la famille. Il avait grandi dans l’ombre de deux parents au fort caractère.

« Nous lui avons annoncé la mort de ses parents en premier lieu. Il les pleure en ce moment-même dans la salle de réunion. » Elle resta stoïque en observant le nain, un brin froide.

« Tout seul ? » Il se surprit à crier cette information en bondissant de sa chaise. La garce car c’est comme ça que le Marteau Hardi la considérait désormais, hocha simplement de la tête. « Mais vous êtes totalement irresponsable ma grande ! Vous annoncez à un gamin qu’ses parents sont morts et vous l’laissez seul ? Vous êtes complètement c… » Il retînt avec difficulté le dernier mot alors que la quadragénaire pinça ses lèvres. Il salua brièvement la dame et sorti du bureau. Il n’avait pas le droit d’aller dans la fameuse salle de réunion ; il n’était plus de l’armée.

Cependant, il devait trouver le gamin, il devait aller l’aider. Il ne pouvait permettre que le jeune homme reste seul livré à son triste sort. Il s’avança donc rapidement dans un couloir, feignant de chercher son chemin alors qu’il pu apercevoir l’entrée de ce qui devait être la salle de réunion. Il vît devant cette dernière un garde. Un garde dévorant un chausson aux pommes, une chevelure d’or et un air presque bougon. Il n’était pas spécialement magnifique, un air de paysan et un regard lagon. Visiblement, l’homme était sensible à la nourriture. Il devait faire diversion.

Il s’approcha donc d’une table où trônait un service à café et déposa les quelques fromages et pâtisseries qu’il devait livrer à la Chope Sucrée. Profiter de ces fameuses remises pour se faufiler ensuite dans la prison de Halfred. Il n’avait pas grand espoir que cela fonctionne mais il lui vînt une idée. Cela faisait des mois qu’il n’avait utilisé ses talents de chaman, mais il voyait là une faible occasion de pouvoir s’en servir. Il releva donc doucement la main, laissant une douce brise tirer les odeurs vers le garde fainéant.

Cela faisait mouche ! Le blond se tînt le ventre, un gargouillis en ressortant alors que son nez se fronçait en tous sens. Il se dirigea dangereusement vers la table alors que le nain, ridicule, c’était caché derrière une plante verte. Il se déplaça et piqua un sprint vers la salle qu’il ouvrit et referma à une vitesse folle. Il trouva Halfred, effondré au sol, le regard rouge et le teint pâle, comme s’il avait déjà rejoint ses parents. Il semblait si petit et si faible dans son armure de la garde Urbaine.

« Halfred… » Il s’avança lentement vers lui, glissant ses grosses mains velues dans son pantalon bleu, ajustant au préalable sa boucle de ceinture. Il regarda le petit bout d’homme avec une éternelle compassion, se retenant de pleurer lui aussi.

« Ils sont… Partis… Et je n’ai même pas pu… » Le jeune roux sanglotait alors qu’il se jeta au coup du nain, à genou devant lui et faisant donc sa taille. Dans un premier temps, Gaelin était aussi raide qu’une barre de thorium. Mais rapidement, il fondit dans le four qu’était l’orphelin, attendri. Il le prit dans ses bras paternel et ce fût à cet instant qu’il comprit. Il comprit qu’il devait être là pour le gamin, afin d’honorer le souvenir de ses parents et de s’assurer qu’il s’en remette. Alors il le câlina tendrement et passa une longue heure à le réconforter quand soudainement, il le regarda, son regard vert plongé dans les yeux gris désespéré du jeune garde.

« Tu vas venir chez moi Halfred, j’vais m’occuper d’toi. Comme tes parents me l’ont demandé. » Il hocha doucement en laissant le gamin pleurer dans ses bras de longues minutes, hochant vivement. Le moment fût brisé par quelques coups qui retentirent dans la salle, on frappait à la porte. Le nain s’enfuit par la fenêtre après avoir une dernière fois pris dans ses bras celui qui allait devenir son fils par adoption.

Il retourna ensuite chez lui, dans sa petite demeure pour tout préparer. Pour la première fois, depuis qu’il avait emménagé en Hurlevent il y a quelques années, il passa la serpillière et prit le temps de nettoyer sa maison de part et d’autre. Tout était parfait pensa le nain en rangeant son balais et son éponge. Il accueillit le jeune homme qui alla directement s’écrouler dans un canapé. La tâche serait dur mais le nain savait désormais comment il devait agir, en père.

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