J'ai fait un rêve

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Forgrûnd TonneMartel
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J'ai fait un rêve

Message par Forgrûnd TonneMartel » mar. 30 oct. 2018 20:15

Forgrûnd avait traversé de nombreuses épreuves au cours de sa vie, et vécu beaucoup d'aventures. Mais peu l'avaient marqué à ce point-là; La rencontre avec Akil'Darah l'avait profondément transformé. Voir une créature si puissante, si majestueuse et si pure enchaînée comme un esclave, cela l'avait bouleversé. Aujourd'hui encore, il y repensait régulièrement.

Son amour pour les griffons, il l'avait cultivé dès son plus jeune âge. On lui avait enseigné à respecter et craindre ces créatures à la fois braves, nobles, loyales, mais également imprévisibles et capricieuses. Mais l'amour, il l'avait acquis par lui-même, en les côtoyant au quotidien. Il avait appris qu'un griffon aime la liberté par dessus tout, qu'il adore voler, chasser et s'ébattre sans contrôle. Il le savait, et il croyait l'avoir compris. Mais il se trompait.

Akil'Darah lui avait ouvert les yeux; Lui qui pensait vivre une relation symbiotique avec ses griffons, il se rendait maintenant compte que leurs rapports n'avaient jamais été d'égal à égal, du moins pas totalement. Il y avait toujours le dominant, et le dominé. Mais c'est ce qu'on lui avait enseigné: "Garde le contrôle sur ta monture, c'est toi le chef, le patron, l'alpha. Si elle en doute ne serait-ce qu'un instant, elle te fera tomber. Car elle n'aura plus de raison de te porter."

Il avait commencé à faire des rêves, toujours similaires. Toujours, il survolait une épaisse végétation, des contrées qui lui rappelait Azeroth, mais en plus sauvages, en plus vivantes. Il sentait cette énergie de vie en lui. Et puis, il remarquait qu'il ne chevauchait pas son griffon. Il ne donnait pas d'ordre, il ne le menait pas à la baguette. Il était le griffon. Ces ailes étaient les siennes, il ressentait chacun de leurs muscles se tendre à chaque battement, il sentait le vent glisser sur ses plumes, il voyait plus loin qu'il n'aurait cru possible, et dans des couleurs qui dépassait son imagination. Il sentait le goût de la liberté, la fierté d'être une des plus noble créature des cieux, consciente de sa propre puissance. Enfin, il sentait plus qu'il ne voyait une ombre planer au-dessus de lui. Pas un prédateur, non, une présence sereine, réconfortante... Maternelle.

Puis, il se réveillait. Son bras le faisait atrocement souffrir, Gaelin lui avait dit qu'il n'en aurait peut-être plus jamais l'usage complet. Cela l'angoissait, car sans son bras, il ne pourrait plus soutenir aussi efficacement ses frères d'armes au combat. Il était certes chaman, mais sa connexion avec les éléments n'avait jamais été des plus fiables. Il avait toujours plus compté sur sa propre force, et, bien qu'il respectât et vénérât les éléments, il ne les avait jamais totalement compris. Pas plus que les griffons, en somme, peut-être même moins encore. Mais il existait peut-être une autre voie.

Alors qu'il cogitait dans son lit, qu'il gigotait, cherchant une position confortable pour son bras, il n'était pas rare qu'il réveille un de ses camarades de chambrée. Lorsqu'ils lui demandaient ce qui se passait, il se contentait de répondre "J'ai fait un rêve".

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Forgrûnd TonneMartel
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Re: J'ai fait un rêve

Message par Forgrûnd TonneMartel » mar. 6 nov. 2018 18:28

Alors que ses compagnons Montagnards se préparaient pour le bal de la Garde de Hurlevent, Forgrûnd, lui, flânait dans les rues de la grande ville, revoyait quelques vieux amis rencontrés au cour de sa courte retraite, et buvait quelques pintes dans les différentes tavernes de la ville, abreuvant les badauds amusés de ses fameuses histoires extravagantes.

Tandis qu'il passait le temps en pêchant dans le lac de Hurlevent - avec assez peu de succès - une elfe de la nuit s'approcha de lui.
- Je vous reconnais, lui dit-elle. Vous êtes un Montagnard, n'est-ce pas?

Forgrûnd acquiesça, se présentant formellement. Il apprit également que l'autre s'appelait Enovra

- Je n'avais jamais eu l'occasion de vous remercier. J'étais prisonnière durant la Guerre des Épines, et vous et vos collègues m'avez délivrée. S'il-vous-plaît, je n'ai pas grand-chose à vous offrir, mais venez chez moi, que je vous offre le repas et que je vous présente aux autres réfugiés.

Le vieux nain accepta, et tous les deux se dirigèrent vers un petit campement de tentes et de baraques sommaires dressées à l'extérieur de la ville. Là-bas se pressaient principalement des elfes de la nuit, mais également quelques gilnéens. Enovra le fit rencontrer quelques-uns des réfugiés, beaucoup demandèrent à lui serrer la main, à le remercier, et tous partagèrent avec lui un peu de ragoût préparé sur un feu de camp. Les questions fusèrent, auxquelles le lieutenant était ravi de répondre; Sur l'avancement de la guerre, les chances de l'Alliance, la vie au sein des Montagnards, quelques candidatures aussi, que Forgrûnd dût refuser poliment. On lui demanda aussi ce qui était arrivé à son bras. Lorsqu'il leur expliqua, beaucoup l’enjoignirent à aller voir un certain Laridan, druide guérisseur de son état, pour qu'il puisse jeter un œil à ses blessures.

Forgrûnd suivi donc les recommandations des réfugiés, et rencontra le vieil elfe. Ce dernier examina longuement son bras sous toutes les coutures, testant les muscles et les articulations, caressant la peau brûlée pour en éprouver la texture. Il prit quelques herbes qu'il fit mâcher au Montagnard, ce qui soulageât immédiatement grandement sa douleur, puis se concentra sur les blessures. Après de longues minutes d'examens et de tentatives, de soins, le verdict tomba:

- Je suis désolé. Je ne peux rien faire de plus que ce que votre soigneur a déjà fait. Je ne peux actuellement pas affirmer quand vous retrouverez l'usage complet de votre bras, ni si cela arrivera un jour. Il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre que le temps fasse son œuvre. Mais prenez déjà les herbes que je vous ai données, une fois par jour avant de dormir, et revenez me voir quand vous le souhaitez. Je ne puis vous promettre que je sois toujours disponible pour vous, mais si je le suis, je serai ravi de parler avec vous. Dans ce genre de situation, il ne faut pas hésiter à se confier, car la souffrance n'est pas seulement physique. De plus, je vous dois bien ça: vous avez sauvé ma fille à Sombrivage. Qu'Elune vous garde.

Les jours suivants, Forgrûnd vint régulièrement rendre visite à Laridan. Ils discutaient beaucoup, de la blessure de Forgrûnd certes, mais également des dieux sauvages, de la guérison, et du druidisme en général. Le vieux nain ne se sentait pas si vieux à côté de l'elfe, qui semblait venir d'un autre temps et posséder une sagesse bien supérieure à la sienne. Le druide semblait particulièrement intéressé par la rencontre avec Akil'Darah, et posait également de nombreuses questions à son sujet.

Les visites au camp de réfugiés occupaient une grande partie de l'esprit de Forgrûnd, et il en oubliait régulièrement ses dévotions envers les éléments. Lorsque le jour du retour à Nid-de-l'Aigle fût venu, il alla dire au revoir à Laridan, mais ne pût le trouver. Il était certainement sous une tente en train de soigner un pauvre malade, mais personne ne sût lui dire laquelle. Déçu, il laissa une petite note d'adieu à l'intention de celui qu'il considérait désormais comme un ami.

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Forgrûnd TonneMartel
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Re: J'ai fait un rêve

Message par Forgrûnd TonneMartel » lun. 12 nov. 2018 13:51

Forgrûnd avait fait une erreur monumentale. Il n'avait pas eu foi en ses camarades, et cela aurait pu avoir des conséquences dramatiques.

Lorsque le Commandant et le Second avaient annoncés qu'ils avaient pour ordre de ramener Akil'Darah à Forgefer mort ou vif, le sang du lieutenant n'avait fait qu'un tour: Hors de question pour lui de permettre que cela n'arrive. Il avait alors pris la seule décision qui lui semblait envisageable: Il s'était mutiné, défiant le Second Skäli Brave-Tempête en duel pour tenter de prendre le contrôle du Bataillon.

Il savait qu'en faisant cela, il risquait la cour martiale et la pendaison pour haute trahison, mais il était prêt à endosser toute la responsabilité de cette ràbellion pour protéger à la fois son dieu et ses camarades. Ses officier supérieurs aux cachots, il aurait eu le temps de prévenir le loa griffon, peut-être même de s'enfuir avec lui. Quoiqu'il arrive, s'il avait gagné son duel, il n'aurait plus eu sa place au sein des Montagnards. Cette perspective le peinait, mais il lui fallait agir selon ses convictions.

Heureusement, il perdit le duel. Malgré ses années d'expériences, il ne faisait pas le poids contre la force de la jeunesse et le génie tactique de Skäli. Cette dernière prit alors une décision qui surprit Forgrûnd: elle décida de désobéir aux ordres, et de monter une imposture à destination du Sénat. Les Montagnards tuèrent donc un griffon sauvage et envoyèrent sa dépouille à Forgefer.

Deux conclusions se présentèrent naturellement au vieux Marteau-Hardi. Premièrement, il avait manqué de clairvoyance en n'accordant pas sa confiance pleine et entière aux membres de son bataillon. Deuxièmement, son style de combat n'était plus valable. Son bras en moins et les éléments qui l'abandonnaient petit à petit l'en avaient convaincu.

Il passa de plus en plus de temps à discuter avec les druides de Nid-de-l'Aigle, et il conversait personnellement avec Akil'Darah, grâce notamment à la plume que celui-ci lui avait offert et qui avait établi un lien entre eux deux. Les druides lui offrirent un bâton et lui enseignèrent à exploiter le pouvoir de la vie et de la nature. Le dieu sauvage lui apprit à maîtriser son propre corps, modifiant les forces chaotiques de la vie en son sein, pour lui permettre de prendre une autre forme: celle d'un grand griffon fauve. Ainsi, sa nouvelle vie commença.

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